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Groupe La Poste - Plan stratégique « Ambitions 2031 » : au ministère de l'Économie, la CGT FAPT défend une autre perspective pour Le Groupe

29 juil. 2026

Temps de lecture minutes

À l'invitation du ministre de l'Économie et des Finances, la CGT FAPT a participé, le 23 juillet, au Comité de suivi de haut niveau consacré au plan stratégique « Ambitions 2031 » et au futur contrat entre l'État et La Poste. Deux jours après une première rencontre avec la nouvelle Présidente-directrice générale du Groupe, Marie-Ange Debon, cette séquence a permis à la Fédération de porter ses exigences : réaffirmer que les missions de service public ne sont pas une charge mais un choix politique, défendre l'emploi et les métiers des postières et des postiers, et refuser que l'avenir de La Poste soit uniquement dicté par les logiques financières.

État et direction affichent une même trajectoire

Les échanges des derniers jours ont confirmé une convergence entre l'État et la direction de La Poste sur le diagnostic posé. Tous deux considèrent que l'effondrement du trafic courrier, l'évolution des usages, la baisse de fréquentation des bureaux de poste et une compensation insuffisante des missions de service public rendent le modèle historique de La Poste difficilement soutenable.

Pour la direction, la réponse passe par une transformation profonde du Groupe : développement des activités colis, logistique, banque et assurance, recherche de nouveaux gains de productivité, mutualisation des organisations, évolution du réseau et adaptation des missions de service public aux nouveaux usages..

Pour la CGT FAPT, le véritable débat est ailleurs

La question n'est pas de savoir comment adapter La Poste aux exigences du marché, mais de déterminer quelle ambition notre pays porte encore pour son entreprise publique. Les missions de service public ne doivent pas être considérées comme un coût à réduire, mais comme un investissement indispensable pour garantir la cohésion sociale, territoriale et démocratique.

C'est précisément pour faire entendre cette autre voix que la CGT FAPT a participé à ces échanges. Dans un contexte où le débat est souvent réduit à la seule soutenabilité économique du Groupe, elle a rappelé que la première question est politique : quel service public postal voulons-nous demain et quels moyens la Nation est-elle prête à lui consacrer ?

La PDG du Groupe La Poste assume une accélération de la transformation

La question n'est pas de savoir comment adapter La Poste aux exigences du marché, mais de déterminer quelle ambition notre pays porte encore pour son entreprise publique. Les missions de service public ne doivent pas être considérées comme un coût à réduire, mais comme un investissement indispensable pour garantir la cohésion sociale, territoriale et démocratique.

Lors de la rencontre du 21 juillet comme devant le Comité de suivi, elle a présenté les quatre piliers du plan stratégique « Ambitions 2031 ».

L'objectif est clair : faire du colis, de la logistique, de la banque et de l'assurance les principaux moteurs de croissance du Groupe, tout en réduisant progressivement le poids des activités historiques.

La direction annonce dix milliards d'euros d'investissements dans les outils industriels et numériques, une réduction de l'endettement, une amélioration de la rentabilité et une réorganisation des activités Courrier-Colis fondée sur davantage de mutualisation et de massification.

Mais c'est surtout la réflexion engagée sur les missions de service public qui marque une évolution majeure.

La PDG estime qu'il faut désormais passer d'un « contrat de présence » à un « contrat de service », davantage centré sur les usages que sur le maintien d'un réseau physique. Cette orientation pourrait conduire à développer encore les consignes automatiques, les points relais, les agences communales ou les services itinérants.

Pour la CGT FAPT, cette évolution pose une question de fond : le service public postal peut-il encore remplir pleinement ses missions si la présence humaine devient progressivement l'exception plutôt que la règle ?

La CGT FAPT a porté une autre vision du service public

Dans son intervention, Romain Boillon, secrétaire général de la CGT FAPT, a rappelé que les difficultés actuelles de La Poste ne sont pas la conséquence inévitable de l'évolution des usages, mais aussi le résultat de choix politiques : ouverture à la concurrence, hausse exorbitante des tarifs, diminution de la qualité de service notamment par le recours accru à la sous-traitance et aux contrats précaires, mise en place de la Nouvelle Gamme Courrier, recherche permanente de rentabilité et réduction continue des effectifs.

La Fédération a défendu plusieurs orientations fortes :

  • Refus que les missions de service public soient systématiquement présentées comme un poids financier. Elles constituent au contraire un investissement au service de l'intérêt général.
  • Demande qu'une véritable loi postale redéfinisse les missions confiées à La Poste, garantisse leur financement pérenne par l'État et renforce leur rôle dans la cohésion territoriale.
  • Proposition également d'intégrer l'ensemble des colis jusqu'à 31,5 kg dans le service universel postal afin de garantir un accès égalitaire au service sur tout le territoire.
  • Enfin, réaffirmation que le « dernier kilomètre » ne peut être réduit à une simple question logistique. Derrière chaque tournée, il y a des facteurs, des guichetiers, des équipes de production qui assurent chaque jour un service de proximité, entretiennent le lien social et répondent aux besoins des populations les plus fragiles.

Autant de propositions qui dessinent une perspective différente de celle portée par la direction : renforcer le service public plutôt que l'adapter progressivement aux seules logiques du marché.

Des points d'appui pour construire une autre politique postale

Les échanges ont également montré que la CGT FAPT est loin d'être seule à alerter sur l'avenir des missions de service public.

Le président de la Commission Supérieure du Numérique et des Postes a plaidé pour une véritable loi postale permettant de redéfinir les missions confiées à La Poste et de sécuriser leur financement.

L'Association des maires de France a rappelé le rôle essentiel du réseau postal dans la vie des communes et insisté sur la nécessité de préserver une présence postale de qualité sur l'ensemble du territoire.

La présidente de l'ARCEP a, de son côté, souligné les limites de certaines évolutions organisationnelles, notamment le développement des tournées différenciées ou des consignes automatiques, qui risquent d'éloigner encore davantage les usagers du service public.

Ces interventions ne traduisent pas une convergence totale avec les analyses de la CGT FAPT. Elles montrent néanmoins que les interrogations sur le financement des missions de service public, le maintien du maillage territorial et l'avenir du service universel sont aujourd'hui largement partagées.

Autant de points d'appui que la Fédération entend mettre à profit pour construire le rapport de force nécessaire avec les salariés, avec les élus, les parlementaires, les collectivités territoriales et tous les acteurs attachés à un véritable service public postal.

Une loi postale au service de l'intérêt général

Le débat ne part pas d'une page blanche.

Dès la publication du rapport parlementaire relative aux missions de service public de La Poste en vue d’une nouvelle loi postale, la CGT FAPT alertait sur le risque de voir une future loi postale accompagner le désengagement progressif de l'État et l'adaptation permanente de La Poste aux règles du marché.

Elle y défend au contraire une ambition tout autre : une loi postale construite à partir des besoins des usagers, des territoires et des postières et des postiers, garantissant les quatre missions de service public, leur financement et le développement de l'emploi.

Les grands absents : les postières et les postiers

Un constat s'est imposé tout au long des échanges.

Les personnels sont restés les grands absents des présentations de la direction.

Pourtant, derrière chaque projet de mutualisation, chaque réorganisation ou chaque évolution des missions de service public, ce sont les conditions de travail des postières et des postiers qui sont directement concernées.

Pour la CGT FAPT, aucune stratégie d'avenir ne pourra réussir si elle continue de considérer les personnels comme une simple variable d'ajustement.

Construire dès aujourd'hui le rapport de force

Les échanges de ces derniers jours montrent qu'aucune décision n'est encore définitivement arrêtée.

Le futur contrat de présence postale, le contrat d'entreprise 2023-2027 entre La Poste et l'Etat la déclinaison du plan « Ambitions 2031 », le financement des missions de service public et les discussions autour d'une future loi postale ouvriront plusieurs mois de débats.

La CGT FAPT continuera d'y porter ses propositions, d'interpeller les pouvoirs publics, de travailler avec les parlementaires, les élus locaux, les associations d'usagers et tous les acteurs qui refusent le démantèlement progressif du service public postal.

Mais rien ne se fera sans les premières et les premiers concernés.

Derrière les notions de « performance », de « mutualisation » ou de « contrat de service », ce sont les emplois, les métiers, les conditions de travail et l'avenir même du service public postal qui sont en jeu.

C'est pourquoi la CGT FAPT appelle les postières et les postiers à se saisir de ce débat, à échanger dans les services, à faire connaître leurs attentes et à construire les mobilisations qui permettront d'imposer une autre ambition pour La Poste : une entreprise publique forte, présente sur tout le territoire, financée à la hauteur de ses missions et dotée des moyens humains nécessaires pour répondre aux besoins de toute la population.